À la croisée des chemins du numérique : 5 mesures que le Canada doit prendre pour faire progresser le secteur agroalimentaire numérique
Note de l’ICPA
Le secteur agroalimentaire canadien évolue dans un environnement de plus en plus instable. La dynamique des marchés mondiaux, les pressions climatiques, les pénuries de main-d’œuvre, l’instabilité géopolitique et l’évolution rapide des technologies façonnent toutes la manière dont les décisions sont prises dans l’ensemble du secteur. Pour les producteurs comme pour les entreprises, l’incertitude n’est pas passagère, elle devient la norme. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’étude de l’ICPA sur la numérisation du secteur. Les capacités numériques sont de plus en plus liées à la productivité, à la résilience et à la compétitivité. Pourtant, leur adoption reste inégale. Le Canada dispose d’une solide capacité de recherche, d’entreprises technologiques prometteuses et d’un écosystème d’innovation agroalimentaire en pleine croissance ; cependant, l’adoption à l’échelle commerciale et l’intégration à l’échelle du système continuent d’accuser un retard. En 2025, l’ICPA et EMILI ont entrepris une première évaluation exhaustive de l’agriculture numérique au Canada. Ce rapport a établi la base de référence. Il a clairement montré que l’adoption est inégale et que les obstacles sont bien connus : lacunes en matière de connectivité, rentabilité incertaine des investissements, limites en matière de compétences, préoccupations liées à la gouvernance des données et parcours fragmentés entre l’innovation et l’utilisation. Le présent rapport s’appuie sur ces fondements et franchit une nouvelle étape. Plutôt que de réitérer le défi, il identifie les principaux obstacles et propose des mesures pour les surmonter. Il élargit également son champ de vision, au-delà de la porte de la ferme. Les gains réalisés dans la production primaire ne se traduiront par de meilleures performances que s’ils s’accompagnent d’une capacité numérique accrue dans la transformation et tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les cinq points à retenir de ce rapport sont axés sur l’action. Le Canada ne manque pas d’idées ; la priorité est désormais à une exécution et une mise en œuvre rigoureuses.
Points saillants
- La transformation numérique est inévitable, quelle que soit l’état de préparation des systèmes. Les outils numériques ne sont plus facultatifs ; ils deviennent essentiels à la productivité, à la résilience, à la traçabilité et à la compétitivité. Le choix qui s’offre au Canada est le suivant : façonner et accélérer activement cette transition, ou risquer de prendre du retard par rapport à ses pairs qui agissent avec plus de détermination.
- Les écarts en matière d’adoption du numérique se creusent. Le Canada ne manque ni d’outils numériques, ni d’entreprises prometteuses, ni d’activités en phase de démarrage, mais l’adoption reste concentrée parmi les exploitations de plus grande taille et disposant de ressources plus importantes. Sans mesures ciblées, les petites exploitations agricoles et les petits transformateurs alimentaires continueront de perdre du terrain face à leurs concurrents, ce qui limitera la productivité et la résilience de l’ensemble du secteur.
- Les possibilités vont bien au-delà de la porte de la ferme. La transformation numérique dans le secteur agroalimentaire ne peut être appréhendée uniquement sous l’angle de l’exploitation agricole. La transformation, la logistique, la traçabilité, la fabrication et la coordination de la chaîne d’approvisionnement déterminent toutes si les gains numériques sont capturés ou perdus. Si ces maillons du système ne suivent pas le rythme, la pression se déplace simplement en aval.
- L’écosystème de l’agriculture numérique au Canada gagne en taille et en activité, mais il reste fragmenté et mal connecté. Diverses initiatives au sein du système alimentaire canadien créent une dynamique positive dans les domaines de l’IA, de la connectivité, de la gouvernance des données et du capital, mais ces efforts continuent de fonctionner en silos. La transformation numérique dépend de la coordination entre des acteurs qui s’engagent rarement directement les uns avec les autres – le milieu universitaire et l’industrie, les startups et le gouvernement – mais les mécanismes permettant de les réunir sont limités. Sans ces espaces communs, la mise à l’échelle reste difficile à gérer et n’est pas alignée sur les objectifs d’adoption et les résultats souhaités.
- La mise à l’échelle nécessite une action coordonnée. Passer des projets pilotes à une adoption généralisée exige des mesures délibérées dans plusieurs domaines clés : réduire les risques grâce à des sites de validation et d’essai, combler les déficits de capital en phase de croissance, améliorer la prévisibilité réglementaire, établir une gouvernance des données plus claire et renforcer la coordination à l’échelle du système.